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Le Deflt à Décor d'oiseau

(Article paru dans la La Libre Essentielle, Avril 2007)

Parmi les nombreux décors fort différents que comptent les faïences de Delft des XVIIeet XVIIIe siècles, la grande variété de représentations d’oiseaux mérite une attention particulière. Les décors de certaines pièces sont parfois axés sur un oiseau en particulier, tel qu’un perroquet. D’autres représentent en alternance un volatile et d’autres motifs décoratifs. Les plus intéressants sont ceux où les oiseaux animent un bosquet fleuri, souvent d’influence chinoise, ou un semis de fleurs parmi lesquelles ils évoluent.

Les sujets représentés sur la porcelaine chinoise, fort prisée aux Pays-Bas à partir du XVIIesiècle, ont indubitablement inspiré les décorateurs de Delft. Le perroquet sur le vase-bouteille et le plat à décor d’oiseau et branches fleuries sont tous deux de bons exemples en faïence de Delft réalisés pendant la deuxième moitié de ce siècle.

Le décor aux canards qui est relativement bien connu, est issu des porcelaines chinoises de l’époque Wan-Ly et est à la base du décor de Delft dit aux «2 Canards»: un couple de canards, symbole chinois de la fidélité conjugale, évoluent dans un paysage lacustre bordé de bosquets fleuris. La finesse du décor ainsi que la forme des assiettes et plats aident à déterminer, à quelques années près et avec quasi certitude, la période de fabrication. La comparaison entre des pièces signées, dont l’époque précise de production est connue et répertoriée, et d’autres non signées présentant les mêmes caractéristiques, est déterminante pour les spécialistes en la matière.

Surtout vers les années 1700, sous l’influence des porcelaines de l’époque Kangxi, de remarquables décors fort raffinés ont été élaborés de main de maître par les décorateurs de Delft. Ceux-ci étaient surtout exécutés en bleu cobalt, vu la mode règnant à cette époque. D’excellents exemples sont la série de cinq vases, formant un «Kaststel » (*), série signée du décorateur Gerrit Kam, et l’assiette à décor influence Kangxi.

Fort intéressants sont aussi l’assiette «pannekoek» (**) à décor «Kakiemon» polychrome et le plat similaire exécuté en bleu qui datent aussi des années 1700.

Cette période est considérée par les connaisseurs comme l’apogée de la production de faïences de Delft. C’est aussi à cette période qu’apparaissent les rarissimes pièces de collection à fond noir et olive, jaune et turquoise que l’on peut admirer au Musées royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles et dans d’autres Musées possédant d’anciennes collections.

Au courant du XVIIIe siècle, réapparaissent à nouveau de plus en plus de Delft à décor polychrome classique. En règle générale surtout sous forme d’assiettes «pannekoek» et plats à décor d’oiseaux fort variés. C’est aussi l’époque où apparaissent les décors aux perroquets qui sont fort prisés jusqu’à l’heure actuelle, vu leur rareté.

Le milieu et la seconde moitié du XVIIIese caractérisent par la production de séries de plats à décor dit «Paradijsvogel » ou «Oiseau du Paradis» avec une bordure d’influence persane et d’assiettes à décor d’oiseaux au goût hollandais plus classique. Vers la fin du XVIIIesiècle, le déclin des faïences de Delft est engagé : les porcelaines produites par les nombreuses manufactures européennes ont pris la relève... Les décors d’oiseaux restent néanmoins un thème favori, au point de devenir un sujet ornithologique de grande précision, grâce aux publications magistrales d’un certain Monsieur Buffon...

(**) Assiette «pannekoek» dont le dos est de forme légèrement arrondie (erronément traduit comme «assiette à crêpe»!).

Lors du 7e Salon international de la Céramique ancienne, au Château d’Enghien, Michel Bascourt présente une conférence bilingue sur ce sujet, le lundi 30 avril à 16h30.

8e Salon international de la Céramique ancienne

30 avril-4 mai 2008
11h-19h

Prix d’entrée : 4€
Vaste parking gratuit
Bar et restauration sur place

Château d’Enghien
Avenue Elisabeth
7850 Enghien
Belgique

Informations
Tél. : +32/2.511.05.13.
Fax : +32/2.503.47.84.
GSM : +32/497.45.40.47.
salonceramique@skynet.be

Nombre d'exposants
30 belges et étrangers.

Pays représentés
Angleterre, Belgique, France, Pays-Bas, Suisse.

Fréquentation
Depuis le début de son organisation, le Salon international de la Céramique ancienne draine un public fidèle de 5 000 visiteurs. Ce succès devrait être confirmé à l'occasion de cette 8e édition.

Spécialités
Tout les objets traditionnels liés à l'art du feu : faïence, porcelaine, biscuit, grès, émaux et verre. Les exposants présents au Salon proposent un large éventail de choix allant des productions traditionnelles européennes (Bruxelles, Delft, Meissen, Tournai…), - remontant à l'Antiquité pour certaines d'entre elles -, jusqu'aux importations d'Extrême-Orient, productions chinoise et japonaise en particulier.

Surface d'exposition
700m² - répartis au rez-de-chaussée et au premier étage du château d'Enghien.

FOIRE DES ANTIQUAIRES DE BELGIQUE
« TOUR & TAXIS » - Bruxelles

Web Site: http://www.antiques-chamber.be

Delft à la chinoise

(Article paru dans la La Libre Essentielle, Avril 2005)

L’engouement au XVIIe siècle pour la mystérieuse porcelaine de Chine va influencer les faïenciers de Delft. Travaillant au départ la copie conforme, cette merveilleuse contre-façon déterminera le succès et la renommée de leurs manufactures, surtout au début du XVIIIe siècle.

Posséder des porcelaines de Chine n'a jamais été à la portée de tous. Durant le Moyen Âge et la Renaissance, elles faisaient partie de « cadeaux impériaux » que les marchands, ambassadeurs de l'époque, rapportaient de Chine. Charles-Quint, entre autre, aurait été le bénéficiaire de ces somptueux présents. Au fil du XVIIe siècle, l'engouement pour la mystérieuse porcelaine de Chine grandit de jour en jour, principalement dans nos Pays-Bas. Les importations via le Portugal de la Kraakporselein en majorité à décor bleu - ainsi nommée d'après les vaisseaux Caraques des Portugais -, puis par la Compagnie des Indes Hollandaise (VOC) allaient jouer un rôle indéniable dans la propagation de toutes sortes de produits provenant d'Extrême Orient. La porcelaine chinoise ne représentait en fait qu'une petite partie de ces importations, en comparaison de la soie et du thé. Paradoxalement, cette porcelaine, quoique éminemment fragile, servait souvent de ballast à fond de cale pour équilibrer les vaisseaux ! L'acquisition de porcelaines de Chine était donc réservée initialement aux Happy Fews : la haute société néerlandaise. Ces premiers collectionneurs furent à la base de la rage chinoise et la recherche du secret de fabrication de la porcelaine, qui se prolongera dans toute l'Europe au courant du XVIIIe siècle.

La concurrence chinoise

Au début du XVIIe siècle, les potiers de Delft remarquèrent rapidement que leur production de faïences polychromes d'influence « classique » italienne ou anversoise perdait de plus en plus d'intérêt par rapport aux importations de la porcelaine de Chine à décor bleu. Comme la formule de fabrication de cette porcelaine leur était inconnue, ils trouvèrent rapidement une parade : copier les décors chinois sur leur faïence de Delft dont ils maîtrisaient parfaitement le bleu et la glaçure inimitable. Ils appelèrent cette production : Delfts Porseleyne. Leurs clients furent d'une certaine façon « leurrés » par cette dénomination. Il est un fait qu'aucune des nombreuses manufactures de Delft n'est parvenue à fabriquer de la vraie porcelaine à base de kaolin.

Imitation presque parfaite

Les premiers exemplaires de faïences de Delft à décor chinois furent magistralement produits par Samuel van den Eenhoorn, Hoppenstein et autres. Vu la qualité et l'imitation impeccable du décor bleu, la différence entre ces faïences et la vraie porcelaine de Chine est quasi imperceptible pour un néophyte. Ces maîtres potiers sont parvenus d'une part, à affiner la production de leur pièces en réduisant l'épaisseur de façon à imiter celle de la porcelaine (dunne scherf) et en accentuant le décor bleu d'un fin trait de contour noirâtre (zwarte trek). D'autre part, l'onctuosité typique de la glaçure offraient à ces pièces un éclat parfois supérieur à celui de la porcelaine de Chine. Seule la différence de matière est perceptible visuellement. On peut les distinguer en observant trois points : quasi toute faïence présente de petits éclats d'émaux en bordure dus à la rétraction de la pâte par rapport à la glaçure vitrifiée, la pâte argileuse (1) est alors localement visible; pour le Delft, on observe les traces de trois pernettes (bakproentjes) en bordure du dos des assiettes et plats; enfin, les assiettes en porcelaine sont translucides, celles en faïence ne le sont pas.

Le Bleu de Chine

Les Musées Royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles, ainsi que les principaux Musées spécialisés en céramiques (2), possèdent des pièces exceptionnelles illustrant cette merveilleuse contre-façon hollandaise. En dehors des collections muséales, il est assez rare de rencontrer des pièces similaires, même chez les Antiquaires spécialisés. À la fin du XVIIe siècle et pendant la 1ère moitié de XVIIIe siècle, le décor Bleu de Chine était surtout à la mode. De nombreux décors des époques Kangxi et début Qianlong furent fidèlement reproduites tant sur des vases, pièces de formes, assiettes et plats.

La tendance pastorale

L'attrait du Delft à décor chinois diminua au milieu du XVIIIe au profit d'une nouvelle tendance « pastorale », déjà fort à la mode en France. Les sujets inspirés par Le retour à la nature de J.J. Rousseau, le Village de Marie-Antoinette, les Fêtes Flamandes de Teniers en sont les meilleurs exemples. Concurrencer les importations massives de grands services de table en porcelaine de Chine, surtout à décor Famille Rose, par les différentes Compagnies de Indes devient quasi impossible. De plus, les faïenceries de Delft subissent une concurrence écrasante des nouvelles manufactures de porcelaine. Citons Meissen en Saxe, Sèvres en France, Tournai en Belgique. L'apparition des nombreuses productions de faïences fines, à la façon anglaise, plus résistante à l'usage que la faïence classique, leur porta un coup fatal. Le glas sonna ainsi pour ces manufactures de Delft qui disparurent principalement au début du XIXe siècle.

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